Comment nos émotions refoulées impactent-elles nos relations amoureuses?
Comment nos émotions refoulées impactent-elles nos relations amoureuses?
On ne choisit pas toujours ce qu’on ressent mais on peut choisir ce que l’on en fait.
On a tous vécu ça. Une relation qui se termine, une dispute qui laisse des traces, une déception qu’on pensait avoir digérée. On se dit que c’est derrière nous. On passe à autre chose. On continue à avancer.
Et puis, un jour sans prévenir, quelque chose se déclenche. Un mot, un silence, une odeur, une situation anodine. Et on réagit de manière disproportionnée. Une colère surgit trop fort. Des larmes qu’on ne comprend pas. Une envie de fuir qu’on ne sait pas expliquer. Ou au contraire, un vide, une absence totale de ressenti là où on « devrait » en avoir.
Ce n’est pas de la fragilité. Ce n’est pas de l’excès. C’est une émotion qui attendait d’être entendue.
Ce que sont les émotions refoulées
Une émotion refoulée n’est pas une émotion qu’on n’a pas ressentie. C’est une émotion qu’on a ressentie mais qu’on n’a pas pu ou pas su exprimer et traverser jusqu’au bout.
Ça peut venir de l’enfance, d’une famille où les émotions n’avaient pas leur place, où on apprenait à faire bonne figure, à ne pas pleurer, à ne pas déranger. Mais ça peut aussi venir de relations passées : amoureuses, amicales, professionnelles. Une trahison qu’on a minimisé pour continuer à avancer. Un deuil qu’on a traversé trop vite. Une colère qu’on a ravalé parce que le contexte ne permettait pas de l’exprimer. Une tristesse qu’on a noyée dans des occupations pour ne pas y faire face.
Ces émotions ne disparaissent pas. Elles attendent.
Ce qui ne s’exprime pas, s’imprime
C’est là que le corps entre en jeu.
Carl Jung, médecin et psychiatre suisse, l’avait pressenti bien avant que les neurosciences le confirment: ce que le conscient refuse d’intégrer, l’inconscient le garde en mémoire. Et l’inconscient parle à travers le corps. Des tensions chroniques, des douleurs sans cause médicale apparente, des réactions physiques inexpliquées face à certaines situations ou certaines personnes.
L’épigénétique va encore plus loin. Elle démontre que les traumatismes émotionnels intenses peuvent laisser des traces biologiques, parfois transmises d’une génération à l’autre. Ce qu’on a vécu s’inscrit non seulement dans notre mémoire émotionnelle, mais également dans nos cellules.
La série turque, Le Chemin de l’Olivier illustre ce phénomène de manière saisissante. Dans la dernière saison, Leyla accompagne sa fille à l’écurie. Elle qui semblait aller bien se retrouve prise d’un malaise inexplicable. Le lendemain, son amie Ana, remarque des plaques rouges à l’arrière de son cou et l’interroge. En remontant l’ensemble des évènements, elles réalisent que Leyla a refoulé un souvenir douloureux et traumatisant en lien avec les chevaux. Son mental l’avait oublié. Mais une odeur, un bruit, une sensation ont suffi à réactiver ce que son corps n’avait, lui, jamais oublié.
C’est exactement ce mécanisme que décrit le psychiatre néerlandais Bassel van der Kolk dans ses travaux: le corps tient les comptes. Les émotions non traversées ne s’effacent pas. Elles se logent quelque part en nous et attendent le bon déclencheur pour refaire surface.
Comment cela impacte nos relations amoureuses
C’est souvent dans nos relations les plus intimes que ces émotions refoulées se manifestent le plus clairement. Parce que l’amour nous ouvre. Il baisse nos défenses. Et ce faisant, il réactive ce qu’on avait enfoui.
Une remarque anodine de notre partenaire qui déclenche une colère disproportionnée. Un silence qui provoque une angoisse inexplicable. Une trop grande proximité qui crée une envie soudaine de fuir. Un sentiment d’abandon face à une simple absence. Ces réactions ne parlent pas de la personne en face. Elles parlent de nous. De ce que l’on porte. De ce que l’on n’a pas encore traversé.
Il faut tout de même apporter une nuance en précisant que comprendre ses propres réactions n’excusent pas pour autant les comportements d’un partenaire qui ne nous conviendrait pas. Tout est question de nuances.
Ceci dit, cela peut expliquer pourquoi on peut se retrouver à rejouer les mêmes scènes dans des relations différentes. Pas parce qu’on attire les mauvaises personnes. Mais parce qu’on amène nos émotions non digérées dans chaque nouvelle relation. Et elles cherchent, à travers l’autre, une occasion de s’exprimer enfin.
Apprendre à traverser ses émotions plutôt qu’à les fuir
La première étape n’est pas de comprendre. C’est de ressentir.
On vit dans une société qui valorise l’analyse, la rationalisation, l’explication. Quand une émotion surgit, le réflexe est souvent de chercher pourquoi. De la mettre en mots, de la décortiquer, de lui trouver une origine. Mais parfois, cette intellectualisation est elle même une manière d’éviter de vraiment la ressentir.
Traverser une émotion, c’est différent. C’est accepter. De fermer les yeux. De respirer. De laisser remonter ce qui veut remonter. De l’observer sans chercher à la contrôler ou à la faire taire. Et de la laisser passer. Parce que les émotions, comme les vagues, ont un début et une fin. C’est quand on les bloque qu’elles stagnent.
Ce qui ne s’exprime pas, s’imprime. Et l’inverse est vrai aussi: ce qu’on laisse s’exprimer peut enfin se libérer.
Ce que le travail sur soi change dans nos relations
Quand on commence à laisser une place à ses émotions, à les accueillir plutôt qu’à les fuir, quelque chose change dans la manière dont on entre en relation.
On réagit moins depuis ses blessures. On choisit d’avantage depuis soi. Les déclencheurs perdent progressivement de leur emprise. On commence à distinguer ce qui appartient au présent de ce qui appartient au passé. Et cette distinction, aussi simple qu’elle puisse paraître, transforme profondément la qualité de nos liens.
C’est là qu’intervient le travail sur l’enfant intérieur. Cette partie de nous qui a été formée par nos premières expériences émotionnelles et qui continue, silencieusement, de prendre les commandes dans nos relations. Tant qu’on ne va pas à sa rencontre, on continue à réagir avec lui. De choisir avec lui. Pas avec qui on est vraiment aujourd’hui.
Se réconcilier avec son enfant intérieur, c’est lui donner ce qu’il n’a pas reçu à l’époque. De la reconnaissance. De la sécurité. De la douceur. De l’amour. Ce n’est pas un travail qui se fait seul, ni du jour au lendemain. Mais c’est un travail qui change beaucoup de choses. Parce qu’on ne peut pas construire des relations saines depuis des fondations émotionnelles instables.
En séance, c’est souvent là qu’on commence. Pas dans de grandes discussions, pas avec l’historique complet de tes relations passées. Mais dans ce qui passe dans le corps quand une émotion surgit. Dans ce que tu n’as pas encore eu l’espace pour dire, ressentir, traverser. Et dans la douceur de pouvoir enfin le faire.