Tromper, être trompé : comment comprendre sans excuser ?

Tromper, être trompé : comment comprendre sans excuser ?

Une tromperie raconte rarement la même histoire des deux côtés

Quand on découvre une tromperie, une question revient sans cesse : pourquoi ? Pourquoi il ou elle a fait ça. Pourquoi avec cette personne. Pourquoi on n'a rien vu. Et très vite, faute de réponse, on se tourne vers soi : qu'est-ce que je n'ai pas su donner ?

Il n'existe pas une seule réponse. Il n'existe pas un seul profil de personne qui trompe. Et ce que vit la personne trompée ne se résume pas à de la jalousie ou à un cœur brisé. Comprendre ce qui se joue des deux côtés ne sert pas à excuser. Ça sert à remettre chaque chose à sa place, et à ne plus porter ce qui ne nous appartient pas.

Ce qui se passe dans la tête de celui ou celle qui trompe

Il y a d'abord ceux qui trompent par égoïsme. Pas de grande souffrance cachée, pas de manque profond. Juste une envie qu'ils s'autorisent, sans réelle considération pour l'autre. Leur partenaire n'est pas un engagement, c'est un confort. Ils prennent ce qui leur plaît, mentent aussi longtemps que ça fonctionne, et vivent la relation comme un jeu dont ils fixent seuls les règles. Ce cas existe. Il ne mérite pas d'être habillé de psychologie pour devenir plus acceptable.

Il y a ensuite ceux qui ne peuvent pas s'en empêcher, parce qu'ils ont besoin de plaire pour se sentir exister. Chaque regard, chaque séduction réussie vient combler pendant un temps un vide plus ancien. Une valeur personnelle si fragile qu'elle doit sans cesse être confirmée par quelqu'un de nouveau. Ces personnes peuvent aimer sincèrement leur partenaire et le tromper quand même. Non pas parce que l'amour manque, mais parce qu'aucun amour, aussi solide soit-il, ne parvient à remplir ce qui manque à l'intérieur. Le problème n'est pas dans le couple. Il est bien plus profond, et souvent bien plus ancien.

Il y a aussi ceux qui ne sont plus heureux et qui se sentent pris au piège. Ils n'osent pas partir. Par peur de blesser, peur d'être seuls, peur des conséquences matérielles, peur du regard des autres. Et parfois, par peur tout court. Certaines personnes vivent dans une relation où elles ont subi des violences, et quitter la relation leur semble impossible, voire dangereux. La tromperie devient alors une échappatoire, un endroit où respirer, une manière de se rappeler qu'on existe encore en dehors de la relation. Ça ne rend pas le mensonge juste. Mais ça montre que derrière certaines tromperies, il y a d'abord une détresse.

La thérapeute Esther Perel, qui a accompagné des centaines de couples confrontés à l'infidélité, observe que beaucoup ne cherchent pas vraiment une autre personne. Ils cherchent une autre version d'eux-mêmes. Quelqu'un de plus léger, plus désiré, plus vivant que la personne qu'ils sont devenus dans leur quotidien. C'est moins de leur partenaire qu'ils se détournent que d'eux-mêmes.

Quand ça ne commence pas comme une tromperie

Toutes les tromperies ne naissent pas d'une intention. La psychologue Shirley Glass, qui a consacré des années de recherche à l'infidélité, a montré que beaucoup commencent par une amitié. Un collègue avec qui on parle de plus en plus. Une personne à qui on confie ce qu'on ne dit plus à son partenaire. Petit à petit, les confidences se déplacent, l'intimité émotionnelle s'installe, et la limite est franchie avant même qu'on ait conscience de s'en approcher.

Ses travaux ont aussi bousculé une idée reçue tenace. Parmi les personnes ayant trompé qu'elle a étudiées, 56 % des hommes et 34 % des femmes décrivaient leur couple comme heureux, voire très heureux. Autrement dit, une tromperie ne signifie pas forcément que la relation était un échec. Et elle ne signifie pas non plus que la personne trompée a manqué quelque chose.

Ce que la tromperie provoque chez la personne trompée

De l'autre côté, la découverte est souvent vécue comme un choc. Pas une simple tristesse. Un véritable séisme.

Le psychologue Dennis Ortman a décrit ce qu'il appelle le stress post-infidélité. Il a constaté que beaucoup de personnes trompées présentent des réactions proches de celles observées après un traumatisme. Des images qui reviennent sans prévenir. Des scènes qu'on imagine en boucle. Une hypervigilance permanente, ce besoin de vérifier le téléphone, les horaires, les silences. Des troubles du sommeil, de la concentration, une anxiété qui ne retombe pas. Ce n'est pas de la paranoïa. C'est un système nerveux qui a été pris par surprise et qui refuse que ça se reproduise.

Le doute qui contamine tout le passé

L'une des douleurs les plus vives, c'est le doute rétroactif. Une tromperie ne blesse pas seulement le présent. Elle jette une ombre sur toute l'histoire.

Ce week-end où tout semblait parfait, est-ce qu'il ou elle pensait déjà à quelqu'un d'autre ? Ce « je t'aime » prononcé ce soir-là, est-ce qu'il était vrai ? On relit chaque souvenir en cherchant ce qui était sincère et ce qui ne l'était pas. Et parfois, c'est toute la relation qu'on a l'impression d'avoir perdue d'un coup, pas seulement la personne.

Quand c'est sa propre confiance qu'on perd

Il y a une blessure dont on parle moins : la perte de confiance en soi. Pas seulement en l'autre.

« Comment j'ai pu ne rien voir ? » « Je me croyais intuitif·ve. » « Si je me suis trompé·e à ce point, comment je pourrais me faire confiance la prochaine fois ? »

La tromperie ébranle le jugement qu'on porte sur sa propre perception. C'est souvent ce qui rend la reconstruction si longue. On ne doute pas seulement des autres. On doute de sa capacité à reconnaître ce qui est vrai.

La comparaison et l'image de soi

Et puis il y a l'autre personne. Celle qu'on n'a parfois jamais vue, mais qu'on imagine. Plus jeune, plus drôle, plus belle/beau, plus désirable. On se compare à une silhouette qu'on construit de toutes pièces, et on perd à chaque fois.

Cette comparaison abîme profondément l'image de soi. Elle donne l'impression qu'on a été remplacé parce qu'on ne valait pas assez. Alors qu'une tromperie dit souvent bien plus de la personne qui trompe que de celle qui est trompée.

La culpabilité qu'on n'a pas à porter

Très vite arrive la question : « qu'est-ce que je n'ai pas su donner ? »

On repasse en revue les mois précédents. On se reproche d'avoir été trop fatigué·e, pas assez disponible, moins attentif·ve. Comme s'il fallait absolument trouver une part de responsabilité pour que tout ça ait un sens.

Un couple se construit à deux, et ses difficultés aussi. Mais la décision de tromper, elle, appartient à celui ou celle qui l'a prise. Il existait d'autres options : parler, exprimer un manque, demander de l'aide, partir. Tromper reste un choix. Et ce choix n'est pas le tien.

Pardonner n'est pas ce qu'on croit

On parle beaucoup de pardon après une tromperie. Pardonner ne veut pas dire oublier. Ça ne veut pas dire excuser, ni faire comme si rien ne s'était passé. Et ça ne veut pas forcément dire rester. On peut pardonner et partir. On peut rester sans avoir encore pardonné. On peut aussi ne jamais pardonner, et avancer malgré tout.

Le pardon, quand il vient, est d'abord un processus intérieur. Il ne libère pas l'autre de sa responsabilité. Il libère la personne blessée du poids de la rancœur, quand elle se sent prête à le poser. Pas avant. Et pas parce qu'on lui a dit que c'était la bonne chose à faire.

Rester ou partir, ni l'un ni l'autre n'est un échec

Autour de la personne trompée, chacun a souvent un avis. « Moi, je serais parti·e direct. » « Tu vas quand même pas rester après ça ? » Ou au contraire : « Tout le monde fait des erreurs, pense aux enfants. »

Mais personne ne vit cette relation à ta place. Partir n'est pas un aveu de faiblesse, rester n'est pas un manque de dignité. Certains couples se reconstruisent après une tromperie, parfois même en profondeur. D'autres comprennent que le lien est rompu pour de bon. Les deux chemins sont légitimes.

La seule question qui compte vraiment, c'est celle qu'on se pose à soi : est-ce que je peux retrouver une forme de sécurité dans ce lien ? Et si la réponse est non, ce n'est pas un échec. C'est une information.

Et si comprendre servait d'abord à se libérer ?

Comprendre ce qui se passe dans la tête de celui ou celle qui trompe, ce n'est pas lui chercher des excuses. C'est arrêter de chercher en soi la cause de ce qu'on n'a pas choisi.

Et comprendre ce que la tromperie provoque chez soi, c'est se donner le droit de mettre du temps. De douter. D'avoir peur de refaire confiance. Sans se juger.

Alors peut-être que la vraie question n'est pas « pourquoi m'a-t-il/elle fait ça ? » mais « de quoi ai-je besoin, moi, pour me sentir à nouveau en sécurité, avec ou sans lui/elle? »

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